! Sur les marchés de Tunis, à chacun son prix


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تونس _المنظار

Visages pâles à l’entrée, vision de prix choquants à l’intérieur et poches vides à la sortie : serait-ce devenu un rituel pour les visiteurs des marchés de Tunis? Une observation dans les marchés de la capitale du pays:

« Petits pois 1600, pomme de terre 700 » La voix forte et un peu sèche du vendeur s’entend dès l’entrée du marché, cité Ibn khaldoun. Sur la droite, les bouchers étalent  la viande à vendre, malgré le peu de clients dans cette zone du marché. Sur la gauche, d’autres vendeurs exposent fruits et légumes.

Même scénario à quelques centaines de mètres d’ici, dans les halles du marché central. Là-aussi, un vendeur appelle les clients : « petits pois 2000, pomme de terre  850. Approchez Mesdames, tout est luxe … »

le prix des petits pois au marché ibn khaldoun

Faire le marché devient un exercice de mathématiques de haut niveau : les prix varient d’un marché à l’autre, d’un vendeur à l’autre, même pour les produits de base

Le consommateur doit faire de savants calculs entre le contenu de son porte-monnaie et les prix affichés. Est-ce que les différences de prix s’expliquent par une qualité différente entre les produits? Ou est-ce une stratégie des vendeurs pour faire face à la baisse du pouvoir d’achat des clients ? « Ce n’est pas vraiment un trafic, mais tout de même les agents du contrôle économique doivent être présents pour respecter la loi.», confie monsieur Hammadi. Ce visiteur âgé de 65 ans fait une tournée au marché central et sort  tête baissée, comme une personne déprimée avec  juste un kilo de bananes dans un sac à la main.

La baisse des prix imposée fin avril par le ministère du Commerce pour les produits de base ne semble pas respectée sur le terrain. Les  neuf produits de base concernés à savoir les pommes de terre, les œufs, la viande rouge, les huiles végétales, les yaourts, l’eau minérale, le thon et le fromage  affichent des prix différents.

De plus, la mesure ne semblerait pas aider les consommateurs à remplir leurs couffins. Sur les marchés, les gens continuent à se plaindre. «  Une diminution de 5millimes en yaourt ne change pas grand chose pour notre pouvoir d’achat », explique une maman de deux petits enfants au rayon des yaourts du magasin général d’ibn khaldoun.

Les consommateurs ne sont pas les seuls à afficher un visage morose : les vendeurs se montrent aussi soucieux. Plusieurs d’entre eux connaissent des problèmes de transport de marchandises ou sont confrontés aux prix élevés du premier distributeur. « Il y a plusieurs intermédiaires avant que les marchandises arrivent aux clients et ceci fait augmenter les prix. » affirme monsieur Imed, un vendeur de fruits au marché ibn khaldoun. Le jeune homme à moustaches, avec un jasmin à l’oreille et un verre de thé à la main, refuse de laisser photographier son étal de fruits de peur de faire fuir les clients.

Les prix élevés nuisent également aux vendeurs

Pourtant, sur le marché, plusieurs personnes veulent parler et donner leur avis sur l’augmentation des prix, avec l’espoir que le gouvernement entende leurs propositions.

Non loin de cet attroupement, une femme âgée de 62 ans fait son entrée dans le souk,  une « koffa »  à la main. Souriante, avec des rides, elle regarde à gauche et à droite pour choisir son chemin. Mais elle ne jette pas un regard aux stands des bouchers : les prix sont très élevés. « Nos plats manquent de viande », dit madame Saida. Et elle ajoute d’une voix faible : « Les membres du gouvernement veulent vivre pendant que nous, nous mourrons. » La vielle dame se dirige vers un vendeur, le salue et lui achète un kilo de pommes de terre, un kilo de tomates et un demi kilo de piments – les ingrédients pour faire une ojja. Elle paie 3580 dinars. « J’achète toujours chez lui », déclare-t-elle. « Je lui fais confiance, il ne me vend pas de légumes pourris.»

Des œufs, du pain, du lait et des desserts : la famille tunisienne dépense entre 10 et 15 dinars par jour selon des spécialistes de l’organisation de défense du consommateur. C’est une grosse dépense pour des salaires journaliers d’en moyenne 500 dinars par mois.

lobna mahmoudi / monia rebhi / hajer laabidi

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